Les derniers jours de l’été nous avaient bercés d’illusions. Le soleil brillait radieusement, éclaboussant de ses milles rayons la nature encore verdoyante. C’était inespéré vu la météo du mois de juillet et d’août qui fut tout bonnement suicidaire. Alors, dans ces dernier jours de septembre, quiconque se promena dans la rue put voir, pêle-mêle, des jeunes filles en fleur, des jeunes hommes plein de sève. C’était un temps où le bonheur semblait exister, où l’homme se trouvait en parfaite osmose avec la nature. Dans les parcs, les jeunes s’étendaient dans l’herbe, laissant le soleil brunir leur tête rougies par l’excès de rosé. Les moins jeunes quittaient le bureau plus tôt pour profiter des derniers rayons qui donneraient à leur visage un aspect moins gris et moins ridé. Les séniors, eux, se dirent que finalement la retraite avait du bon : on pouvait enfin profiter de joies simples et rassurantes. Les cafés et glaciers firent le plein ; les bancs-solaires et les cinémas furent désertés. La ville, tout à coup, sembla charmante. Quelques bâtiments aux façades illuminées renvoyaient un cachet jusque-là ignoré. Vraiment, une cohérence s’installa dans le pays : les gens étaient beaux, la ville était belle, et la nature chatoyante. Et tout cela perdura pendant huit jours.
Le neuvième jour, l’automne, en quelques heures, vint détruire cette douce harmonie. Il amena le froid, l’humidité, et rendit les couleurs des feuilles ternes (les couleurs prétendues chaudes de l’automne sont une invention de poète atteint de mélancolite aigüe). D’un coup, les jeunes filles n’étaient plus en fleur, les jeunes hommes avaient perdu toute sève. Les moins jeunes redevinrent des travailleurs et les séniors des vieux shnoks. Les petites jupes furent troquées contre des jeans uniformes et insipides, les décolletés se recoltèrent. Bref, le chaud s’était mué en froid, le lumineux en sombre. Un jour, une petite espagnole gorgée de soleil et rencontrée en Italie me fit cette remarque un peu plate : « Dans votre pays, il y a plein de suicides ». Ignorant cette statistique un peu dégradante pour mon pays, je lui demandai d’où elle avait tiré un tel constat. Elle me répondit le plus simplement du monde : « Il ne faut pas être grand devin pour savoir que dans un pays où il fait gris et pluvieux 350 jours sur 365, les gens en viennent à choisir une solution radicale ». Cette réflexion, d’une limpidité foudroyante, me plongea dans une profonde angoisse.
R.H.