31 octobre 2011

Temps de chiottes

Les derniers jours de l’été nous avaient bercés d’illusions. Le soleil brillait radieusement, éclaboussant de ses milles rayons la nature encore verdoyante. C’était inespéré vu la météo du mois de juillet et d’août qui fut tout bonnement suicidaire. Alors, dans ces dernier jours de septembre, quiconque se promena dans la rue put voir, pêle-mêle, des jeunes filles en fleur, des jeunes hommes plein de sève. C’était un temps où le bonheur semblait exister, où l’homme se trouvait en parfaite osmose avec la nature. Dans les parcs, les jeunes s’étendaient dans l’herbe, laissant le soleil brunir leur tête rougies par l’excès de rosé. Les moins jeunes quittaient le bureau plus tôt pour profiter des derniers rayons qui donneraient à leur visage un aspect moins gris et moins ridé. Les séniors, eux, se dirent que finalement la retraite avait du bon : on pouvait enfin profiter de joies simples et rassurantes. Les cafés et glaciers firent le plein ; les bancs-solaires et les cinémas furent désertés. La ville, tout à coup, sembla charmante. Quelques bâtiments aux façades illuminées renvoyaient un cachet jusque-là ignoré. Vraiment, une cohérence s’installa dans le pays : les gens étaient beaux, la ville était belle, et la nature chatoyante. Et tout cela perdura pendant huit jours.
Le neuvième jour, l’automne, en quelques heures, vint détruire cette douce harmonie. Il amena le froid, l’humidité, et rendit les couleurs des feuilles ternes (les couleurs prétendues chaudes de l’automne sont une invention de poète atteint de mélancolite aigüe). D’un coup, les jeunes filles n’étaient plus en fleur, les jeunes hommes avaient perdu toute sève. Les moins jeunes redevinrent des travailleurs et les séniors des vieux shnoks. Les petites jupes furent troquées contre des jeans uniformes et insipides, les décolletés se recoltèrent. Bref, le chaud s’était mué en froid, le lumineux en sombre. Un jour, une petite espagnole gorgée de soleil et rencontrée en Italie me fit cette remarque un peu plate : « Dans votre pays, il y a plein de suicides ». Ignorant cette statistique un peu dégradante pour mon pays, je lui demandai d’où elle avait tiré un tel constat. Elle me répondit le plus simplement du monde : « Il ne faut pas être grand devin pour savoir que dans un pays où il fait gris et pluvieux 350 jours sur 365, les gens en viennent à choisir une solution radicale ». Cette réflexion, d’une limpidité foudroyante, me plongea dans une profonde angoisse.
R.H.

Force et Honneur

Trois ans déjà que Veence Hanao* nous exhortait de n'abandonner jamais la force et l'honneur. Trop tard. Qu'allons nous devenir? Des hippies? Ou des hipsters sans aucune ambition? Oh non, mon Dieu!
 "2008, les vérités sont des images. Si ce réel n'est pas mirage, rangez vos Nikes. C'est plus fashion d'être marginal: Se croire unique parmi la masse. Customisons nos Adidas. Cultivons l'idée d'espace qu'on puisse s'évader quelque part. Sans partir à Ibiza, kiffer Paris, les meufs torrides du clip du centième clone de Fifty. Fustigez tout ce que je viens de dire! Ben ouais, le blème c'est que je chante pas comme Delpech, même pour les gars de l'ONEM qui lisent Houellebecq, que je rappe sans ouesh ouesh, et me torche le cul avec le pécu payé par la sécu'. D'autres cartes bleues finissent en filtre de petch. J'attend plus de fiches de paie qui me disent ce que je dois leur rendre. Puisse l'artistique leur clouer le bec, moi je n'ai pas de vie à vendre. Tant qu'on aura la force et l'honneur, on aura pas tout perdu."
Aux premières lignes qui font l'apologie de l'avant-gardisme frelaté qui rode désormais à tous les coins de rues - généralement pimpignolant sur un vélo à pignon fixe -  suit une condamnation sous-entendue du hispter (alors en devenir). Le Veence a bien raison: Le dilettante actuel aime à suivre une émission de reality-show "pour la déconne", autant qu'il apprécie se donner des airs supérieurs par ses lectures intello. Et c'est alors bien fat de sa personne que le hipster monte sur son fixie, pour aller voir une expo d'art urbain. Crétin! On ne regarde pas ses contemporains de haut sous prétexte d'appartenir à ceux qui témoignent d'un "Oh" admiratif au ciné', alors que la moitié de la salle a déjà mis les voiles et l'autre ronfle sec (D'ailleurs qu'avez vous fait, vous? Alors que vous regardiez la palme d'or 'Tree of life'?) Jetez moi ce sourire satisfait trentenaires bien portant. Bouffer de la culture haute-gamme, entre autre, ne vous sauvera pas de terminer devant TF1 à cinquante balais. En outre, rappelez vous que la hype n'est qu'un présent proche de devenir un passé désuet. Sur ce je vais froisser mes chemises: Aucune raison d'avoir l'air rétrograde...

*Veence Hanao, rappeur et poète belge