30 novembre 2011

De l’Avant-garde au tue-l'amour !




Avec Facebook, on avait déjà franchi d’un pas assuré l’anti-romantisme,  façon troisième millénaire 00’.
Mais alors là, je dis, c’est trop ! Firstsight, le nouveau site hybride entre Meetic et Twitter, créé par un « brillant » étudiant de Solvay, (comme quoi, on peut faire concurrence à Harvard !), ne va pas tarder à prendre place parmi les réseaux sociaux, et de ce fait, se servir de 2012, comme une excuse pour nous engloutir.

Le principe est simple : hier aprèm, vous marchiez dans la rue près du Belga (c’est toujours mieux près du Belga), quand vous avez croisé cette incroyable divine : mais à peine son allure canonique conscientisé, vous aviez déjà fait quelques pas, le temps de vous rendre compte que vous aimeriez vous retourner pour la regarder encore une fois, elle avait déjà sauté dans le tram, c’était le pas de trop, cette fille, c’était la fille parfaite, et MERDE !
Et bien, Firstsight, vous donnera l’occasion d’entrer une annonce sur son site, décrivant le Jour, l’Heure, l’Endroit et la description du « eye contact »  (elle est bien loin l’époque du « ASV ? » sur MSN) permettant à l’algorithme de tri d’explorer les annonces et par « chance », si la personne recherchée est aussi inscrite, vous retourner les coordonnées de celle qui remplit les critères.

Mais le voilà le bonheur !
Vous vouliez fantasmer en paix ? Eh bien, Firstsight, vous donnera l’occasion de ne pas le faire et de découvrir, que celle, que vous croyiez correspondre à la femme de votre vie, est en réalité pas si belle, (et pourtant esthéticienne),  ne fait pas d’équitation mais troque sa nuisette contre le maillot du PSG, et le thé vert contre la Jup (et encore une fois : MERDE ! – C’est peut être là que finalement les hommes ne savent plus pourquoi) et par ailleurs, INSCRITE AUSSI. Géniale. Le point commun. L’espoir. (Plutôt sexy !). Comme dirait M. Levy  (oui, car il dit des choses): « La solitude est un jardin où l’âme se dessèche, les fleurs qui y poussent n’ont pas de parfums ».

Firstsight est donc bien le « Premier site de la dernière chance » !

Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai envie de continuer à croiser 100 fois l’homme de ma vie, à me demander si je le recroiserais un jour, à rêvasser de tout lâcher pour aller vivre à Nothinghill,…
Bon je sais que je n’ai qu’un diplôme de comm et que ça ne fait pas le poids vs Harvard/Solvay, mais je tente le coup…: « La nième seconde de la première chance » ! C’est très simple. On fait tout comme avant. J’te croise, tu me croises. Tu me laisses rêver, j’te laisse rêver. Et si le tram à du retard…ben…qui sait…je reviendrais peut être au Belga, mais c'est surement le pas à ne pas franchir, pour éviter des discussions creuses  et barbantes avec des pseudos intellos sur « l’individualisation de la société ».





Selin Benmehrez

28 novembre 2011

Musique divine


Parler musique, c'est comme parler sexe : Essayer de décrire ce qui ne s'explique pas. On se retrouve à détailler l'expérience, mais, enfin, on n'arrive pas bien à dire ce qui fait bander. Parce qu'on est tout seul quand on jouit. On est tout seul lorsqu'une note vrille les sens. Seul avec cette fissure qui fend en deux et, flanque la face dans les étoiles. Une aventure de l'absolu, que t'en oublies de respirer. Puis, au retour, c'est bien difficile à raconter comme voyage. Le morceaux s'est essoufflé, les corps reposent impudiques. Ça a comme disparu. La plénitude de l'être, c'est plus qu'un souvenir.
Voici une description philosophique de l'orgasme, même si je crois qu'il se lit, limpide et plus juste, dans les yeux d'une femme qui s'oublie :
« Pendant un moment notre agitation intérieure perpétuelle a été suspendue. Rarement, une action et une réaction contiennent en elles-mêmes leur justification, l'une et l'autre sont là pour amener un résultat, un sens situé au-delà d'elles. Dans les moments bénis comme celui dont je parle, on aspire plus à un au-delà – on y est déjà. » (Tzvetan Todorov, Les Aventuriers de l'absolu.)
Ainsi le sexe et la musique. Ils ouvrent une brèche temporelle. Une seconde, c'est une heure, et une heure, c'est une seconde. La notion de temps perd son sens. On caresse la promesse de la résurrection. Des élans mystiques qui repeupleraient les églises? Elle n'a pas l'air si mal cette éternité-là, non ? Mais, en fait, on est pas sûr d'en vouloir pour toujours. Non, pas pour toujours, ça fait trop long. Bref, mieux vaut goûter à l'absolu sans se compromettre. Les plaisirs de la chair, la musique qui émeut. Les joies simples du mystique dilettante.

Quelques classiques pour l'au-delà (lien vers Youtube):




27 novembre 2011

Poulet aux prunes de Marjane Satrapi

 
« Il y avait quelqu’un, il y avait personne »
Ainsi commencent tous les contes persans,

Téhéran 1958,
Lieu où cette histoire se conte comme une prose libre,
Comme une valse enfumée,

Fumée qui si dense, danse sans se dissiper,
Qui résiste au son du violon de Nasser Ali Khan,

Renoncer à la vie pour l’art,
Renoncer à l’amour par confort,

Ce n’est pas une histoire d’amour,
C’est l’histoire d’un trop plein qui se heurte au vide,
D’êtres qui se heurtent en eux mêmes,
D’actes qui se posent pour se défier,

L’instinct se révèle par magie,
La mort jaillit comme échappatoire,
Et l’ennui comme inconditionnel,

« Il n’est meilleur jardin que l’ennui pour faire jaillir les pensées les plus absurdes »

Jardin où l’absurde prend la forme de l’ouate et se condense en nuages,
Jardin où l’absurde s’alimente d’opium,

C’est une valse menée par la magie et l’incertitude,
Rythmée par les soupirs,
Et saluée par les lendemains.

Ainsi, fantasmant, que demain sera certain,
Vous quitterez la salle,

Mais avec l’intime conviction,
Que jamais il ne le sera,

Conte persan il restera.

Selin Benmehrez


26 novembre 2011

L'écologie, c'est bien d'en parler mais arrêtons de dramatiser!


De nouvelles maladies apparaissent ? C’est le réchauffement climatique ! Voila le genre de conclusions auxquelles agrée de plus en plus facilement la population. Mais plutôt que d’accepter bêtement les informations dont nous abreuvent les médias, ne serait-il pas préférable de se renseigner un peu plus? De mieux comprendre les enjeux grâce à une vraie considération scientifique de la question?
Bon nombre d’altermondialistes sont persuadés de détenir la vérité unique et se sentent du coup obligés de la crier sur tous les toits ! Ils ont vu, sans doute, le documentaire d' Al Gore qui, à coup de graphiques plus explicites (imaginatifs ?) les uns que les autres, nous démontre que la planète sera détruite d’ici 50 ans.
D’autres, pour contrer ces altermondialistes et justifier le fait de prendre leurs voitures pour aller faire une course au paki du coin, vont nous rappeler que les vaches sont responsable de 65% des émissions d’hémioxyde d’azote (un gaz au potentiel de réchauffement global 296 fois plus élevé que celui du CO2) essentiellement imputable au fumier.
Bref, nous sommes confrontés à une série infinie d'avis divergents. Pour les démêler, il s'agit de déployer un vrai travail de fond. Et, celui-ci est réellement indispensable à un débat productif.
D'ailleurs, qu’en pensent les personnes qui peuvent vraiment prétendre à une connaissance en la matière ? Un ami qui appartient plutôt à la deuxième catégorie de personne (de celle qui ne rougissent pas encore de prendre le volant), m’a fait parvenir l' e-mail qu’un ingénieur EDF. Il l'a envoyé au gouvernement français pour exprimer son mécontentement ! J'ai jugé intéressant de le partager avec vous, afin de se rendre compte que les lieux communs ne cessent de polluer le débat écologique...

« Moi je serai écolo quand Mr Nicolas Hulot cessera de rouler en 4x4 en Bretagne et en Corse. Et d’utiliser les hélicos pour un oui ou pour un non en me reprochant de ne pas aller en vélo sous la pluie chercher mon pain !
C’est dit un peu brutalement mais c’est nécessaire pour faire face au bombardement du ‘’écologiquement correct’’ et de son explosion prévisible après Copenhague. Un illuminé nous a donné une série de leçons sur les économies d’énergie, nous prenant pour des débiles mentaux profonds ou des séniles précoces. Il nous a expliqué qu’en coupant toutes les veilleuses de nos appareils électriques, nous pouvions économiser 15% de notre consommation. Faux, nous économiserions alors 2 à 3%. Cette même personne nous a expliqué qu’en remplaçant nos lampes traditionnelles par des lampes à économie d’énergie, nous pouvions économiser 30 à 35% d’énergie ! Faux, c’est 4 à 5% que l’on pourrait économiser !
Il est évident que si la maison est équipée comme celle de l’arrière grand-père, c'est-à-dire juste des lampes et pas de frigo, micro onde, lave linge, lave vaisselle, sèche-linge et j’en passe, car par rapport à la consommation de tous ces équipements celle des lampes est ‘’peanut ‘’, on économise plus.
Pour couronner le tout, une brillante journaliste de TF1 (quelle chaîne instructive) a pris le relais et fait le total des économies pouvant être réalisées selon ces critères éclairés ! 15% sur les veilleuses + 35% sur les lampes = 50% d’économie d’énergie ! Elle n’est pas allé jusqu’à le dire mais nous qui sommes particulièrement débiles, avons deviné que demain, si nous suivions scrupuleusement ces instructions, on pouvait arrêter la moitié des centrales électriques ! Nous avons failli mourir idiots ! Pourquoi ne nous a-t-on pas expliqué tout ça avant !
Pour continuer dans la débilité profonde, la TF1 girl’s nous a ensuite précisé que pour les 50% restants, on pouvait les alimenter avec des panneaux solaires qui produisent de l’électricité ‘’verte’’ en illustrant son propos d’une photo d’une belle maison avec un petit panneau solaire derrière. Là, j’ai failli chercher une arme ! On n’avait encore jamais vu un niveau de désinformation pareil, une absurdité aussi monumentale. En effet, pour produire ces ‘’50%’’ restants, si on se base sur une consommation moyenne de 6Kw (un abonnement classique sans chauffage électrique), il faudrait que chaque maison possède 140 mètres de panneaux solaires pour un coût de 89 628€. Calculez le retour sur investissement… Dans le chapitre ‘’ c’est bon pour la planète’’, il convient d’ajouter que les panneaux solaires, on ne sait qu’en faire quand ils arrivent en fin de vie car ils contiennent plein de silicium et autres métaux lourds très polluants.
Ne croyez surtout pas que je sois contre les économies d’énergies, je suis à 100% pour, quand elles sont réalistes, mais de grâce pas d’intoxication de ce type en pleine heure d’écoute ! Ca frise l’indécence ou la malveillance.
Pour continuer dans l’intox, connaissez-vous Biville-sur-mer en Seine-Maritime ? C’est un petit village du littoral près de Dieppe, où six éoliennes sont récemment sorties de terre. Six engins de dernière génération qui occupent 4 km de notre littoral normand et dont les pales culminent à 85m de hauteur. Chaque éolienne à une puissance maxi de 2 mégawatts… quand le vent souffle fort. Ce n’est pas grand-chose comparé au 2600 mégawatts qui sortent en permanence de la centrale nucléaire voisine, mais c’est toujours ça. Dommage quand même que cette énergie renouvelable soit si chère et non maitrisable (4x plus chère que celle de l’atome), mais ce n’est pas grave, EDF à l’obligation de la racheter (et cher). Mais revenons à nos six éoliennes. Depuis quelques jours il n’y a qu’une seule éolienne qui tourne, les cinq autres seraient elles privées de vent ? Que nenni, du vent il n’y en a pas depuis plusieurs jours. Ce qui est généralement le cas quand il fait très froid ou très chaud. C’est la nature ! L’homme ne lui dicte pas encore sa loi. Mais alors, s’il n’y a pas de vent, comment expliquer qu’une et une seule des éoliennes tourne ? La réponse est très simple. On veut nous faire croire à fond aux énergies renouvelables et donc on n’hésite pas à tricher pour en cacher les mauvais coté. Ben oui, ça ne ferait pas bien pour les habitants de la région qui n’ont pas encore accepté ça dans leur paysage, que de voir toutes les éoliennes à l’arrêt alors qu’il fait -4 degrés. Alors, tout simplement, on en fait tourner une au moteur (oui c’est possible, en lui donnant du courant !). Ça consomme un peu d’électricité, mais ça fait croire que ça produit de l’énergie.
Il est temps d’arrêter de nous rabâcher tous les soirs à la météo ‘’C’est bon pour la planète ‘’ parce que là on ne sait plus trop ou est le bien et le mal, et on va finir par penser que ceux qui donnent des conseils sont, en plus d’être malhonnêtes ou incompétents, les plus dangereux.
L’électricité ‘’dite propre ‘’ sans fumées, sans CO2, sans atomes, disponible quand on en a besoin, à un prix qui ne détruise pas nos emplois, ca n’existe pas. Mises à part les centrales hydro.
Dans mon entourage, je ne connais personne qui lave du linge propre ou qui met en route son lave-vaisselle vide…
Alors il est grand temps que les médias et leurs gilets à rayures serviles qui nous desservent, arrêtent de nous prendre pour des demeurés, avec des reportages orientés, tronqués et des leçons de civisme qui ne tiennent pas la route !
Ah oui, j’allais l’oublier, j’ai même entendu ‘’l’innocente Evelyne Délias’’, nous dire après sa page météo, « qu’il ne faut pas mettre trop de chauffage dans la voiture car ça consomme du carburant et que ce n’est pas bon pour la planète ». Evelyne, si tu avais pris des cours de mécanique, tu saurais que le chauffage de la voiture récupère la chaleur de l’eau du circuit de refroidissement du moteur et cette eau chaude, il fait absolument la refroidir en la faisant passer soit dans le radiateur principal (celui qui se trouve derrière la calandre), soit dans le radiateur du chauffage de l’habitacle. Sinon c’est la mort du moteur ! Si cette eau n’est pas assez refroidie, c’est même le ventilateur du circuit de refroidissement qui doit s’en charger en consommant de l’électricité pour tourner. Et ça ce n’est pas bon pour la planète par contre !
On pourrait aussi évoquer les biocarburants, présentés comme des carburants ‘’verts ‘’ alors que s’engager dans cette voie est un désastre écologique et humain à brève échéance. Flairant l’aubaine, de grand groupes Agro-alimentaires défrichent en ce moment des forêts entières et remplacent des cultures destinées à l’alimentation humaine par ces plantations destinées à la production de ces carburants ‘’verts’’. 50% de la production de maïs des USA aura été détourné cette année pour cette production ! D’où la famine au Mexique, premier acheteur de ce maïs. Vous doutiez vous de cet effet pervers du biocarburant ? Mais c’est un autre débat et j’ai des palpitations déjà rien que d’y penser…
En conclusion, surtout, surtout, je vous en prie, plutôt que d’avaler les informations (peut-on encore appeler ça des informations ?) que vous servent à longueur de journée les médias qui ne cherchent qu’à interpeler plutôt qu’à informer, INFORMEZ-VOUS ! »

Je suis pour ma part, totalement d'accord avec cette conclusion: Oui il faut tenter de moins polluer, mais ne pas suivre pour autant la panoplie de conseils du bien-pensant! Enfin, quand je vois un groupe de hippies au bois de la cambre, dread locks au vent, occupés à jouer un hymne à la nature avec leurs guitares, puis s'en aller en laissant leurs cadavres de Carapils derrière eux, je me dis que le monde pour lequel ils militent a peu de chance de voir le jour...

24 novembre 2011

Bref, j'écoutais la radio sous ma douche.

Bref, j’écoutais la radio sous ma douche. Comme d’habitude, j’écoutais MNM, un must dans mes contrées flamandes. Entre deux malheurs du monde et autres gros sons dénudés de toute subtilité, mon attention a été attirée par une touche de fraîcheur. Cela dit, ça ne m’a pas frappé tout de suite. Ce n’est que quand j’ai aperçu que j’avais éteint la douche et ouvert la porte afin de mieux écouter que je me suis rendu compte que j’aimais bien cette chanson.
Là, j’ai fermé mes yeux et je me suis concentré très fort afin de mettre un nom sur cette voix qui me charmait depuis 2 bonnes minutes. Résultat : j’avais froid et en plus le bruit des dernières gouttes qui s’échappent du pommeau de douche, c’est plutôt agaçant. En fin de compte, après un rude effort de concentration, j’y suis arrivé : Absynth Minded ! ‘Fin non, à vrai dire je m’en suis souvenu 10 secondes après que la speakerine ait vendu la mèche. Là, je me suis rué jusqu'à ma chambre, à l’étage, afin de consulter la seule source valable d’information au 21e siècle : Google. Et puis, je me suis rappelé que j’étais sous ma douche, et là, une étrange réflexion m’a traversé l’esprit. Si pour moi, un peu d’eau et de vagues bulles de savon me suffisaient comme vêtements, il était possible que mes cokoteurs aient un autre avis sur la question. Je suis retourné à la salle de bain avant de créer un esclandre. Je me suis séché, vêtu et puis dévêtu parce que mes vêtements étaient dans le mauvais sens, toute ma concentration étant prise pour retenir le nom de l’artiste et le titre qui m’avait fait vibrer. Pas évident…
Absynth Minded
          Je me suis installé à mon bureau, j’ai ouvert You Tube. Là, j’ai directement tapé « Envoi + Absynth Minded ». Double satisfaction, c’était la bonne chanson et en plus elle me plaisait toujours autant. J’ai joint l’utile à l’agréable, je me suis renseigné via Wikipédia sur ce groupe dont je ne gardais qu’un vague souvenir, le Rock Werchter 2010… J’ai appris que ce groupe était composé de 5 jeunes Gantois, et ça, cela m’a plu : ce groupe était bien de chez nous, et en plus issu de ma ville d’adoption. Et puis j’en suis arrivé à la composition du groupe. Il y avait un chanteur/guitariste, un batteur et une personne derrière des claviers. J’étais un peu déçu. Mais le groupe comptais un violoniste, alors je me suis dit que, là, ça devenait déjà plus intéressant. Puis, j’ai vu qu’ils avaient troqué leur bassiste pour un contrebassiste, j’étais carrément content. Non, j’étais super content. Il y avait bien une véritable touche d’originalité dans la composition d’Absynth Minded.
          Lorsque je me suis pris à remettre la chanson pour la 3e fois depuis le début, j’ai décidé de me pencher sur les paroles. Après m’être souvenu qu’elles étaient inspirées d’un poème d’Hugo Claus… mmh… plus exactement, après que Dailymotion m’ait appris qu’elles étaient inspirées d’un poème de l’auteur précité, je me suis lancé à tombeau ouvert dans la description des symboles cachés derrière ces vers. Malheureusement, je ne connaissais pas assez le poète et son œuvre pour en avoir une interprétation claire. J’en ai cherché une, j’en ai trouvé une, je l’ai trouvé bonne. Je l’ai trouvé très faible au final, j’ai réessayé, je me suis lassé, puis j’ai capitulé. Je me suis donc contenté de savoir que ce poème lui avait été inspiré par une de ses muses. Pour le reste, je vous renvoie à ma source (http://wouter7.blogspot.com/2009/11/envoi-hugo-claus-absynthe-minded.html).
           Après, je me suis emparé de ma guitare en me disant : « bah, ça ne peut pas être bien dur ». Cinq minutes plus tard, j’ai jeté ma guitare, par dépit. Si, c’était dur. J’ai boudé. Je suis descendu à la cuisine me faire du thé. J’ai croisé Mika. Il m’a dit que ce n’était pas moi l’artiste. J’ai répondu : « c’est vrai » et j’ai arrêté de bouder. Je suis remonté dans ma chambre. J’ai relancé une dernière fois la chanson. Je me suis laissé emporter par la voix aguichante et le couple violon et guitare. J’ai décidé qu’il ne fallait pas que j’écrive n’importe quoi et j’ai préféré m’en tenir à une description plus professionnelle du « timbre » si propre au groupe. Je me suis persuadé de ne citer que leur bio officielle. « L'utilisation d’instruments acoustiques (contrebasse, violon…), de matériel vintage (ampli guitare Matchless, ampli basse Ash down, orgue Hammond…), une production analogique et le chant en anglais de Bert Ostyn, toujours en équilibre, à la limite de la rupture, finissent de façonner le « son » ABSYNTHE MINDED, de lui conférer cette chaleur suave qui se retrouve autant sur disque que sur scène. » (http://www.absyntheminded.be/site/bio.php). Ça me paraissait bien. Je me suis dit que ça m’éviterait de tomber dans une description de bas étage et une querelle sans fin sur l’interprétation des termes que j’allais utiliser pour décrire un sentiment.
           Je me suis levé, j’étais irrité par la musique assourdissante qui retentissait un étage plus bas. Je suis descendu, c’était de la salle de bain que ça provenait. Quelqu’un avait oublié d’éteindre la radio et les lumières, et en plus il avait foutu de l’eau partout. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai rangé, tout en maudissant l’idiot qui était responsable de tout ce désordre.
           Bref, j’écoutais la radio sous ma douche.

Ecouter la chanson Envoi d'Absynth Minded sur Dailymotion 

Texte d’Hugo Claus et paroles de Absynth Minded


Mijn verzen staan nog wat te gapen.
Ik word dit nooit gewoon. Zij hebben hier lang
genoeg gewoond.
Genoeg. Ik stuur ze 't huis uit, ik wil niet wachten
tot hun tenen koud zijn.
Ongehinderd door hun onhelder misbaar
wil ik het gegons van de zon horen
of dat van mijn hart, die verraderlijke spons die verhardt.

Mijn verzen neuken niet klassiek,
zij brabbelen ordinair of brallen al te nobel.
In de winter springen hun lippen,
in de lente liggen zij plat bij de eerste warmte,
zij verzieken mijn zomer
en in de herfst ruiken zij naar vrouwen.

Genoeg. Nog twaalf regels lang op dit blad
hou ik ze de hand boven het hoofd
en dan krijgen zij een schop in hun gat.
Ga elders drammen, rijmen van een cent,
elders beven voor twaalf lezers
en een snurkende recensent.

Ga nu, verzen, op jullie lichte voeten,
jullie hebben niet hard getrapt op de oude aarde
waar de graven lachen als zij hun gasten zien,
het ene lijk gestapeld op het andere.
Ga nu en wankel naar haar
die ik niet ken.

My verses stand gawping a bit
I never get used to this
They lived here long enough
Enough!
I send them out of the house
I don’t wanna wait
Until their toes are cold
Enough!
I wanna hear the humming of the sun
Or that of my heart,
Hardening
Enough!

They don’t screw classically
They babble commonly
And bluster nobly
Enough! Enough!
In winter their lips leap
In spring they lie flat at the first warmth
They ruin my summer
And in autumn it’s girls and a broken heart

For another twelve lines on this sheet
I’ll hold my hand over their head
And then I’ll kick them out
Enough!
Go and pester elsewhere, one-cent rhymes
Find somebody who cares
Enough!

Go now on your high feet
This is where the graves laugh
When they see their guests
Enough!
One corpse on top of the other
Go now and stagger to her
Whom I do not know

Enough! Enough!
In winter their lips leap
In spring they lie flat at the first warmth
They ruin my summer
And in autumn it’s girls and a broken heart


* librement inspiré de l'admirable travail de Kyan Khojandi, cet article n’a d’autre vocation que de saluer le travail du Maître.

Y’a-t-il un troll dans l’hémicycle ?

C’est bien la question qui m’est venue à l’esprit quand j’ai découvert le billet daté du 11 novembre 2011, sur le blog « Salle des profs »[1]. Mise à part l’amalgame dangereux fait entre les baptêmes en Belgique et les bizutages français (l’un étant fait sur base volontaire, l’autre obligatoire), ce n’était pas l’article en lui-même qui m’a fait sursauter. C’est la partie concernant le député Laurent Louis (MLD, ex PP) qui m’amène à réagir. L’idée n’est pas d’apporter une réponse ou même de tenter de baliser un débat sur le baptême en lui-même, pour la simple et bonne raison que je serais incapable de rester neutre. Ce qui m’inquiète plus, c’est de voir à quoi nos députés utilisent leur mandat, et surtout la qualité avec laquelle ils l’exercent.
Le terme troll dans le titre fait bien entendu référence à la définition du troll appartenant au monde de l’informatique. Il est bien évident que je ne cherche pas un être difforme et repoussant, qui, armé d’un gourdin ou autre objet contondant, écumerait les couloirs de notre parlement. On qualifie de troll un internaute qui « pourrit » une discussion sur un forum, soit en la faisant dériver en dehors de son sujet de base, soit en attaquant les autres interlocuteurs directement, faisant capoter la discussion en la rendant plus conflictuelle que constructive[2]. Dès lors, pourquoi utiliser cette image vu que le projet de loi en question est déposé devant la chambre, et non posté sur un quelconque forum ? Pour la simple et bonne raison que, si le cadre est certes différent, la logique demeure la même. Le but recherché ici par monsieur Louis est bien de créer un battage médiatique autour de sa personne. Il utilise ce que l’on appellera un « sujet à troll »[3], un sujet qui garantit la polémique et donc la retombée médiatique sur le député Louis. Le résultat du processus législatif importe peu, pourvu qu’on en parle. Là se situe le lien, le troll tire sa satisfaction des kilomètres de polémique qu’il crée, le député, lui gagne en visibilité au seul prix de gaspiller un peu de son temps et de ses collègues, et plus ce débat dure et gagne en visibilité au sein de l’opinion publique, au plus la retombée est importante. Tout bénéfice pour lui !
En quoi le baptême est-il un sujet à troll ? Pour trois raisons. Dans un premier temps, le baptême contient une dose de secret qui lui est intrinsèque. Ce secret, issu de la plus pure tradition initiatique telle qu’elle se retrouve dans d’autres rites tels que la totémisation ou les rites maçonniques. C’est la concrétisation de l’entrée dans un groupe plus fermé de la société, donnant accès aux codes, aux privilèges, mais souvent également aux devoirs qui en découlent. Il est évident que cette séparation est parfois interprétée comme exclusion pure et simple par le non-initié et entraine une dimension spéculative, voire des fantasmes par rapport à ces activités auxquelles il n’est pas admis. C’est la méconnaissance par l’ensemble des parties au débat qui amène le « trollage » dans la discussion. Secundo, l’appréciation du baptême se fait par chacun en fonction de son degré de tolérance par rapport aux activités proposées. Tout n’est pas incroyable, facile, génial, dégoutant, ou physiquement dur. Chaque personne confrontée au baptême directement parce qu’il le vit, soit indirectement parce qu’il assiste, volontairement ou non, à une activité de bleusaille, la considère selon ses propres limites, phobies ou convictions. Dès lors, il est difficile de pouvoir arriver à un consensus par rapport au baptême dans des discussions, vu que tout un chacun est convaincu que son interprétation de la chose est la bonne, parce que c’est celle qui lui convient ! C’est la raison même de baser le baptême sur le libre arbitre. Personne n’est tenu de rester, ni même de commencer[4].
En dernier lieu, il n’existe pas un seul folklore étudiant. S’il est vrai que des similitudes se retrouvent, chaque ville, chaque université et même chaque cercle ou régionale possède un folklore qui lui est propre ! Avoir un débat global et représentatif de l’ensemble du folklore belge tient donc de l’impossible ! Ces trois raisons nous poussent à constater l’impossibilité d’obtenir un débat utile et constructif sur le sujet du baptême au sein de notre hémicycle fédéral. Le bon sens voudrait pourtant que ce travail continue à se réaliser au niveau des instances universitaires/hautes écoles, en collaboration avec les associations étudiantes. Cette formule a déjà amené de bons résultats, et est en perpétuelle amélioration.
Le point suivant concerne le texte de monsieur le député en lui-même. Nous y relevons d’une part une faiblesse presque incompréhensible dans les arguments avancés par Laurent Louis dans son mémoire[5], de l’autre une absence d’importance par rapport à l’agenda des priorités de la société belge. Sur la faiblesse des arguments avancés, le préambule de la proposition de loi du député Louis se contente de cataloguer les différents drames qui ont malheureusement entaché l’image de la guindaille en Belgique, à la manière d’une mauvaise rubrique de faits divers toute droite sortie d’un quotidien wallon. Il n’est pas mention de la moindre véritable étude sur le terrain, de collaboration avec les acteurs du milieu de la guindaille, quels qu’ils soient. Au final, un ramassis de coupures de presse qui justifient à peine ce populisme peu crédible. Il est vrai que des accidents existent, mais la proportion n’est pas plus élevée que dans d’autres activités.
De plus, ce préambule démontre bien la connaissance approximative que le député a du monde de la guindaille belge. Il y fait référence à des échos du folklore de Louvain-la-Neuve, et à ses proches cousins de Liège et de l’ULB. Pour le reste, silence radio, soit ça n’existe pas soit il n’a pas la moindre idée de leur fonctionnement. J’ai eu la chance de pouvoir être baptisé au cercle de droit de l’Université de Gand, après avoir été initié une première fois à Bruxelles. Pourtant réputé être l’un des deux baptêmes les plus exigeants de l’Université Gantoise, force est de constater que les éléments décrits pas monsieur Louis n’ont pas cours. Le baptême dure deux jours et est centré sur l’autodérision, l’entraide et la solidarité. J’ai pu ainsi trouver une quarantaine de personnes dont la langue maternelle n’était pas la mienne, mais qui m’ont pourtant accepté sans la moindre réserve alors que je ne partageais à la base rien avec eux. J’aurais pourtant été le sujet idéal de brimades et traitement ingrats, seul, dans une région qui m’était étrangère. Il n’en est rien. Dans le contexte communautaire actuel, cela semble pourtant relever de la science-fiction. Nous sommes bien loin du sinistre tableau que prétend dresser le projet de loi Louis.
Face à un raisonnement aussi faible, je ne peux résister à la tentation de proposer des réponses toutes aussi peu recherchées. Doit-on interdire les compétitions de moto sur le territoire belge parce que Marco Simoncellia a trouvé la mort durant l’un de ces événements ? On me dira sans doute que Marco Simoncellia pratiquait un sport, que c’était son choix et que l’accident est tragique, rien de plus, et que dans le cadre du baptême les accidents arrivent parce que les bleus sont sous pression. C’est à la fois injuste de permettre le défaut de prévoyance et l’absence de chance dans un cadre et pas dans l’autre, et aussi idiot de se voiler la face en croyant que le regretté Marco Simoncellia prenait son guidon sans la moindre pression.
Ou cet homme qui s’est coupé 3 doigts avec une tondeuse à gazon. Doit-on interdire la vente de toute tondeuse en Belgique, condamner les sociétés qui proposent des tondeuses à gazon sans assurer un service de conseillers qui prévoirait un technicien par acquéreur d’une tondeuse, chargé de veiller à ce que l’utilisateur respecte le mode d’emploi (cela dit c’est une solution pour régler le problème de chômage belge, mais là n’est pas la question) ? Ou alors faut-il punir l’ensemble des propriétaires de tondeuses parce que l’un d’eux a fauté ? Non, faisons confiance en l’humain, et dans les structures mises en place pour l’encadrer.
Dans un deuxième temps, pourquoi gaspiller le temps de la Chambre à ce genre futilité, alors que ni l’urgence de la situation, ni une demande pressante de la population ne viennent justifier un tel projet de loi ? La situation n’est pas chaotique au point de justifier que l’assemblée fédérale se penche de toute urgence sur la problématique. Ces accidents, quoique tragiques, restent une exception parmi tant d’amitiés, de rencontres, d’entraide, de soutien et de fêtes. Ces incidents blessent la communauté des gens de la guindaille, car avant d’être « la jeune fille qui est décédée dans le cadre du baptême » dont on a parlé dans le journal, cette personne est aussi un membre du cercle, de la communauté baptisée, une plume, une « filleule » de quelqu’un, une bleuette d’une autre. Bref un membre de la « famille ». Chacun des accidents heurte la communauté, la poussant à se remettre en question et œuvrer afin que cela ne se reproduise plus, et ce, avec l’aide des autorités facultaires. Il suffit de voir l’accident qui a endeuillé le cortège de la Saint-V de cette année, derrière le tragique, il y a l’émotion, la blessure qui est partagée par chacun d’entre nous. Les autorités rectorales de l’ULB ont mis en place un service de soutien psychologique à disposition des étudiants. Cela met bien en exergue la relation proche qu’entretiennent cercles et autorités facultaires. Parfois, les relations se tendent un peu par manque de compréhension ou parce qu’un point de divergence se présente, mais on ne peut nier que les associations étudiantes et autorités facultaires avancent dans la même voie, et dans le même but : permettre à des jeunes gens de vivre les moments les plus importants de leur vie, forgeant savoir et connaissances en même temps qu’amitiés et relations. Les structures existent et se perfectionnent d’année en année par elles-mêmes, et ne réclament en aucun cas un apport extérieur dans leur manière de travailler
Au vu des éléments présentés jusqu’ici, on en vient à se demander quelle motivation anime le député Louis quand il dépose son projet à la chambre. Il n’y a pas vraiment de solution possible, ni vraiment d’intérêt à lancer ce débat. Nous en revenons malheureusement à notre constat initial. Monsieur Louis rejette le même pavé encore une fois de plus dans la marre, espérant profiter des remous ainsi générés pour rester à la surface de l’opinion publique. Bien triste manière d’essayer de grappiller un petit moment sous les projecteurs. Il est visé dans cet article parce qu’il est l’auteur de ce texte, mais il n’est bien évidement pas le seul à avoir recours au « trollage » organisé dans le cadre de nos prestigieuses institutions législatives. C’est par une conduite indiscutable et responsable de nos élus que le terme démocratie prend tout son sens. Qu’on parle de nos élus parce qu’ils abattent un boulot titanesque qui justifie la confiance que nous avons placée en eux. Et chassons ces trolls de nos institutions dont ils détournent et parasitent le bon fonctionnement !
En guise de conclusion, j’aimerais interpeller Monsieur le Député Laurent Louis. Nous sommes au moins deux à savoir que vous valez mieux que ça. Je tenais aussi à souligner par ce billet votre disponibilité à l’égard du citoyen. Vous prenez le temps de répondre aux gens qui vous écrivent[6]. Utilisez, je vous en prie, cette qualité afin d’écouter ce que les gens de ce pays veulent vraiment. Rendez sa dignité au travail parlementaire. Donnez corps à cette théorie de l’absence de mandat impératif dans le système belge. Soyez un modèle, un élu qui travaille avant tout pour les gens qui lui ont fait confiance, et ce, pour toute la durée de son mandat, et non pour la position de son parti ou au service de sa propre réélection.
S’il est vrai que les partis appelés à former la future (et tant attendue) majorité agissent en enfants capricieux, gardant toutes les meilleures billes pour se les partager entre eux, ne négociant qu’à six, ne vous sentez pas obligé de sauter sur le premier sujet un peu chaud dans l’actualité. Rien ne presse, prenez le temps de préparer les travaux à venir, les problèmes qui affectent réellement la société belge, afin de pouvoir participer activement au jeu politique avec la majorité, en bénéficiant d’une place de choix, celle de celui qui peut faire remarquer à la majorité qu’elle aurait pu mieux faire si elle avait eu une meilleure compréhension du sujet qu’elle traite.

[3] Exemples de « sujet à troll » : Le PC est-il mieux que le Mac
[4] Il est vrai que par le passé, certaines facultés belges furent confrontées à des problèmes de cet ordre (par exemple, à une époque, le service de syllabus de Gembloux ne vendait pas de livre aux non baptisés). Cette situation est toutefois révolue depuis que les facultés et universités ont repris en main le contrôle des activités de bleusaille se déroulant en leur sein

19 novembre 2011

De l'art de faire des doigts d'honneur

CarnetSubversiF recèle une ambition. Subvertir. Mais encore ? Difficile de préciser... Et, je préfère éviter la pieuse déclaration d'intention ! C'est pourquoi, plutôt que d'aligner les lieux communs (« il faut se détourner des évidences », « il faut proposer un regard neuf », etc.), je donnerai dans cet article un exemple de subversion dont voudrait s'inspirer ce blog. Exemple splendide. Ainsi, le poème de Victor Hugo :


Victor Hugo
Elle était déchaussée, elle était décoiffée,                                                                
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis: Veux-tu t'en venir dans les champs ?

Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis: Veux-tu, c'est le mois où l'on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?

Elle essuya ses pieds à l'herbe de la rive ;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !

Comme l'eau caressait doucement le rivage !
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.

Mont.-l'Am., juin 183...

Hugo écrivit ce poème en 1853. Il fit alors un tollé. Paradoxalement, il a vite cessé de troubler. Par exemple, lorsqu'on l'analyse en 1930, on n'y voit rien que grivoiseries anodines. La rencontre d'un homme et d'une femme, dans la plus pure tradition de la pastourelle. Ce genre poétique remonte au Moyen-Age, et met en scène une paysanne approchée par un grand de ce monde, séducteur. Au sens technique : un viol ! Mais pas de quoi s'affoler, n'est ce pas ? Avant les années cinquante, « les hommes le font parce qu'ils le veulent et les femmes le font parce qu'elles sont obligées ». C'est littéralement proverbial. Et, pas sur qu'alors DSK se serait vu ennuyé pour ses incartades hôtelières. Bref, le poème de l'homme de lettre français du 19ème siècle ne serait qu'un petit pavé jeté dans la marre des conservateurs intransigeants en son temps.
           Parlons plutôt de gros rocher. Le geste subversif qu'esquisse Hugo est plus ample qu'il n'y parait, au premier abord. Mais, seule une lecture attentive le dévoile à notre regard. Je vous en épargne les frais, et vous donne en primeur la clef du poème :

Et la belle folâtre alors devint pensive. 

Tout se joue dans la compréhension lexicale de ce vers. « Folâtre » est un mot très codé. Il désigne une femme que l'on surprend en train de se déshabiller et souligne le caractère érotique de la situation. La figure féminine dégage une sensualité qu'on lui prête automatiquement, presque malgré elle : On pare l'objet aperçu de la propriété qu'on lui accorde. En l'occurrence, on flirte avec la logique du viol : Habillées comme de telles salopes, les femmes ne réclament-elles pas implicitement qu'on les prennes sans plus d'égard ? Et oui, madame, s'il fût une période si longue de l'histoire où l'homme a disposé des damoiselles à sa guise, rien d'étonnant qu'on sente encore cette fêlure héréditaire. Hommes, nous sommes le sang gâté de générations de violeurs, et d'illustres encore ! De ceux qui vivaient dans de grands châteaux. Peut-être pas ceux des contes de fées...
Revenons au texte : De « folâtre », la belle devient « pensive ». S'activent, alors, en elle des processus mentaux. Et, cette activité de la pensée renvoie, bien souvent, chez Hugo à un homme qui désire une femme. Les rôles s'inversent ! De folâtre à pensive : La distance qui sépare la femme, objet du bon vouloir de puissants messieurs, à la femme qui ressent le désir, et va prendre les choses en mains (ou ailleurs). Ainsi, la paysanne se voit accorder une autonomie sexuelle que l'on refuse à la gent féminine au 19ème siècle. Hugo va la lui offrir, de manière un peu secrète : La femme devient alors pensive! Puis, s'illustre sa libido au travail.

Oh! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !
Comme l'eau caressait doucement le rivage !

Ces deux vers évoquent la nature. A la première lecture ils soulignent le charme de la scène. En fait ce sont deux claires métaphores. Les oiseaux chantent. L'eau caresse le rivage. Vous ne voyez pas ? Un indice : C'est le même oiseau dont il est question lorsqu'on prévient qu'il menace de sortir. Par exemple, lorsqu'une braguette n'est pas zippée. Et, bon... je ne vous aiderai pas pour l'autre métaphore, mais vous avez compris ! Victor Hugo donne une image de la tension sexuelle féminine en une sorte de pornographie cosmique. La nature répond des sens qui s'affolent. Ainsi, il brise un tabou de son époque : Les femmes apprécient le sexe. N'est ce pas?
Enfin, cet article permettra de redonner un suprême piquant à nos conversations sur les déviances de Mr. Kahn en concédant qu'on lui demande de réprimer des instincts millénaires, dont, d'ailleurs, un genre poétique s'en est reversé l'objet. En derniers mots, Victor Hugo a sapé le monde ancien en préfigurant la modernité. Les fantasmes féminins se vivent désormais au grand jour, et ceci, en partie, grâce au grand homme. Tellement flamboyant. Tellement SubversiF !

12 novembre 2011

La Bredouillite aigüe : le mal du siècle


Quiconque se montre un tant soit peu vigilant aux phénomènes qui l'entourent aura pu constater une chose étonnante : un fléau, sournois pour l'instant, est en train de se propager, lentement mais sûrement, dans notre société occidentale : la bredouillite aigüe.

Je voudrais prendre pour exemple un jeune homme que j'ai suivi à son insu l'autre jour dans une de ses soirées "arrosées" dont il ne se rappelle jamais. Ce jeune homme - appelons-le Steve - à la vingtaine bien trempée, a fini ses études et entame un "Master complémentaire", titre assez pompeux pour qualifier une année bonus au cours de laquelle il ne fera que répéter les bitures et l'oisiveté qu'il a décliné pendant les cinq années précédentes.
Steve est donc toujours officiellement "étudiant", c'est-à-dire dépendant de ses parents pour assurer son train de vie de fêtard invétéré. Soyons clair : il n'a aucune envie de travailler, d'être à la solde d'un patron qu'il méprisera, de se soumettre à un horaire quotidien et harassant. "Plutôt crever", se dit-il souvent. Et c'est bien légitime : si Steve avait opté pour le monde du travail, il serait actuellement seul dans la chambre de son kot, tentant désespérément de fermer l'oeil, alors même que ses connards de kokotteurs sauteraient sur les tables, au son de Rihanna (Don't stop the music) et se préparant à littéralement défoncer Madame Moustache le soir même (mercredi, c'est gratuit).
Dieu soit loué, il n'en est pas là. Quel rapport me direz-vous avec le syndrôme de la "bredouillite aigüe" ? Et bien Steve est précisément le prototype de personnage sujet à la bredouillite aigüe : seul, entouré d'amis, oisif, paresseux, fêtard et alcoolique (alcolo-dépendant).
La bredouillite aigüe est un fléau qui fort heureusement ne se manifeste que périodiquement, et survient un peu à la manière d'une crise de dyslexie. Le malade se met alors à transpirer, est atteint de spasmes, et crie frénétiquement : bredouille, bredouille, bredouille, bredouille, bredouille, bredouille, bredouille... et ce parfois pendant de longues heures.

"Le malade se met alors à transpirer, est atteint de spasmes, et crie frénétiquement : bredouille, bredouille, bredouille..."

La dernière crise de bredouillite aigüe de Steve remonte à mercredi dernier. Il se rendait chez Madame Moustache plein d'espoir et plein de sève, décidé à en découdre avec les plus charmantes demoiselles de cet haut lieu de la nuit bruxelloise (quoique). Il faut dire qu'il y avait mis les grand moyens. Au total : 5 Westmalle Triple, 4 Rochefort 10, suivi de 2 Redbull pour surmonter la fatigue. Les yeux rouges et sortant des orbites, l'haleine chargée, les membres à vifs, Steve était tout bonnement explosé. Avec cette allure, il aurait fait peur à un camionneur sur une aire de repos de l'autoroute de Charleroi.
Vers minuit donc, ce soir-là, Steve rentre dans Madame Moustache et il a franchement l'impression que les éléments son favorables : primo : il est défoncé, deusio : il a 50 € dans son portefeuille, tertio : les filles semblent s'être donné rendez-vous au même endroit que lui.
Après avoir jeté un rapide coup d'oeil sur la population de la boîte, il se rue immédiatement vers le bar et commande une Westmalle Triple (6ème) aussitôt siphonnée. Il se lance alors dans la jungle. Vu de loin, sa gestuelle paraît bizarre, comme désarticulée : on pourrait croire qu'il danse mais il titube. Il se met à enlacer, bon gré, mal gré, des filles ça et là qui toutes se refusent à lui. Mais il n'en a cure : il persévère, danse, danse, danse... Après une bonne demi-heure de frénésie, il se rend compte qu'il sue à grosse goutes, qu'il dégouline comme glace au soleil. Un passage aux toilettes va s'avérer nécessaire. Face à la glace, il met du temps à prendre conscience que le visage de Néandertal qui se trouve face à lui est bien le sien. Un moment de découragement l'envahit. Puis, dans un sursaut, il se dit "allons, allons, on ne va pas abdiquer si vite, où est passée ta paire de couilles mon vieux Steve ?" Il accourt vers le bar, gueule au barman (vêtu d'un petit polo marin ligné bleu) : "Une Wetsmalle du con ! (7ème)", aussitôt affonée. Et il se relance dans les tranchées, plus bestial que jamais, comme un chabal dans une mêlée. Résultat : râteaux sur râteaux. Une claque bien sentie d'une fille plutôt bien gaulée aura eu raison de sa détermination. Il quitte la boîte plein de fureur et d'amertume.

Dehors, dans le froid glacial de la mi-novembre, Steve se met à grelotter. Arrivé à De Brouckère, il se dit qu'il prendrait bien un taxi tant qu'à faire. Il regarde son portefeuille : vide. Des 50 € du début de soirée, il ne lui reste plus que deux malheureuses pièces de 20 cents. Tant de dépenses pour si peu de bénéfices, se dit-il dépité. Il va falloir marcher : Parc Royal, rue Belliard... 5 kilomètres au cours desquels la bredouillite aigüe qui couvait depuis des jours dans le corps de Steve va se manifester dans toute son atrocité. Il commence par chuchoter, tête baissée, les bras autour de son corps "bredouille, bredouille, bredouille, bredouille...", puis de plus en plus fort "BREDOUILLE, BREDOUILLE, BREDOUILLE, BREDOUILLE..."

Trois heures plus tard, il arrivera au kot, montera dans sa chambre, se faufilera entre ses draps de son immense lit double et répétera inlassablement les bras grand ouvert "bredouille, bredouille, bredouille..."

L'histoire de Steve n'est pas un cas isolé. La bredouillite aigüe touche de plus en plus de gens chaque année, tout sexe et tout âge confondu. A l'origine, elle ne se répandait que dans les campagnes où les jeunes agriculteurs étaient victime de la pénurie de jeunes femmes.
Des vaccins sont en cours d'analyse pour enrayer ce fléau qui, aux dernières nouvelles, ne tue pas. Mais méfions-nous : qui peut dire vers quelle catastrophe mènerait une crise de bredouillite aigüe à l'échelle planétaire ?

R.H.