6 décembre 2011

How I met...

Je suis amoureux. Comment c’est arrivé ? Je dois dire que je ne le sais pas trop. Je peux juste dire quand. C’est à la fin de cet été que c’est arrivé. On avait sans doute déjà été présenté avant, mais ce n’est que durant ce long voyage en direction de l’Ardèche que je me suis rendu compte de ce qu’elle allait représenter pour moi. Durant des heures et des heures, je n’ai écouté qu’elle, laissant sa voix me transporter au gré des paysages de France. En amant transi, j’ai voulu tout savoir sur elle. Qui est-elle ? Hé bien c’est là que ça se corse. Il ne s’agit pas d’un « elle » mais bien d’un « eux ». Chasser directement de votre tête ces idées lubriques que ma pure personne ne pourrait même pas concevoir, c’est bien de Vaya Con Dios que je voulais vous entretenir. Et si c’est trop tard, que c’est déjà fait, me dites-vous ? Bon, profitez-en un peu, mais tâchez d’effacer ça de votre tête avant d’entamer le paragraphe suivant.
Vaya Con Dios. Ce groupe belge (cela dit, au vu du nom, vous auriez pu trouver leur nationalité par vous-même) était le responsable de la seule et unique cassette dont on disposait pour rallier Nouzaret, charmant petit hameau ardéchois, à partir de Bruxelles. Vous avez bien lu, pas de lecteur CD, et une seule cassette. Cela aurait pu ressembler à un enfer, et pourtant, j’ai à peine vu les 10h de route passer. Ce quintet fait sa joyeuse entrée dans le monde musical en 1986, avec quelques singles remarqués tel que Puerto Rico. Il faudra attendre 1988 pour la sortie d’un premier album, Vaya Con Dios. Sur ce disque éponyme, le style dominant sera tout droit hérité du jazz, avec une influence de blues plus ou moins prononcée sur certains morceaux. Des titres tels que « Don’t cry for Louie », « The Moonshiner » ou encore « Remember » donnent directement une certaine notoriété aux cinq artistes, tout en promettant un futur radieux au groupe tant l’on sent que le talent de Vaya Con Dios ne fait qu’éclore.
Le projet suivant porte le nom de Night Owles (1990). Les mêmes influences, cette même capacité à synthétiser la musique des 20 années précédentes, mais sans la timidité et le manque d’audace de leur premier opus. De cette œuvre, le morceau le plus connu reste sans conteste « Nah neh nah », dans sa forme première ou remixé à toutes les sauces. Remarquables sont aussi des titres comme « Night owles » ou « Sunny days ». Mais, à bien écouter, on sent déjà le changement de style qui s’annonce, dans la mélodie de « Pack Your Memories » par exemple, témoin d’un travail sur l’art musical en lui-même. Cette recherche est double, d’une part une augmentation de la technicité de leur musique, et de l’autre, un élargissement de la palette de structures musicales vers d’autres styles.
1991 est une année à problèmes pour nos 5 amis. Un des deux guitaristes décide de quitter le groupe, étant le second membre à abandonner le projet, après leur premier batteur qui sauta du navire relativement tôt. Cette période de tourmente va marquer le groupe, demandant un renouveau de l’investissement des membres et une réflexion sur l’avenir du projet Vaya Con Dios. Cela se traduira dans l’album Time Flies (1992). La chanson d’ouverture, du même nom, révolutionne jusqu’à l’essence même du son de nos petits belges. Ce titre nous rappelle plus les œuvres d’une diva à la Whitney Houston par son sérieux, son tempo plus posé que le style habituel de notre quintet préféré. Il faut attendre la 4ème piste, « So Long ago », pour entendre entonner une chanson qui ne souffre pas de la comparaison au country d’une Sheryl Crow des grands jours. « Mothers and Daugthers », pour sa part, nous envoie nous balader dans le registre de Dire Straits. Time Flies est une explosion d’un talent qui semble ne pas connaitre jusqu’au sens même du mot limite, terminant même par un flirt avec le Funk dans l’excellent « Brave Jane ».
J’ai abordé Roots and Wings, la prochaine œuvre sur la liste, avec une certaine appréhension tant je craignais d’être déçu, de ne pas trouver de quoi me mettre sous la dent après les petits bijoux sortis 3 ans auparavant. Ces craintes ont été dissipées dès les premières notes de « Lonely Feeling », qui annonce dans une certaine mesure le travail de Jamiroquoi. A savoir, une recherche sur les accords dissonants, les structures classiques jazz revisitées et une rythmique beaucoup plus « swing » (à noter que j’ai utilisé ce terme parce que je ne suis pas du tout convaincu par l’utilisation du mot bougeante à la place). Impression renforcée par les chansons « Movin’On » et « Get To You », qui confirment le virage funky entamé sur l’opus précédent. Et puis, en plein milieu du CD, une petite surprise, « Hot August Night », avec son style atypique qui nous fait penser qu’un titre de Police s’est perdu sur l’album. Au final, Roots and Wings a relevé le défi d’être un digne successeur à Time Flies, certes pas dans un registre comparable, mais dans une qualité semblable !
De 1995 à 2004, les aléas de la vie ont séparé nos artistes. The Promise, premier album de Vaya Con Dios de ce nouveau millénaire, sonne différent de ses prédécesseurs. Cela est sans doute dû à la longueur du processus de maturation, plus long que l’habitude (10 ans à la place de 2). Cet album se distingue des autres en plusieurs choses. Premièrement, l’anglais perd son quasi monopole dans la bouche de Dani Klein. Le français avait fait quelques intrusions par le passé, souvent en guise de conclusion de l’album, mais The Promise salue l’entré de l’espagnol (« La Llorena », « La Vida Es Como Una Rosa ») et de l’allemand (« Es Wird Schon Wieder Gehen ») dans l’arsenal des belges. D’un point de vue auditif, cette œuvre sonne telle une synthèse décomplexée de tout ce que Vaya Con Dios a déjà proposé. Pas dans le sens une répétition de leur talent, mais bien montrer au reste du monde que les styles qu’ils maitrisent ne sont pas aux dépens l’un de l’autre, mais que leur musique dépasse la barrière des catégories, des classifications. Au sommet de la montagne du talent, ils connaissent un chemin pour descendre en sureté sur chaque versant. Mais non contents de se limiter à ça, les cinq artistes nous offrent certains morceaux résolument avant-gardistes, qui n’auraient pas grand-chose à envier à une Dido («The Promise ») ou à une Shakira (« La Vida Es Como Una Rosa »).
En rédigeant ce billet, j’ai appris l’existence d’un album supplémentaire, sorti en 2009, intitulé Comme On Est Venu. Je ne vous cache pas mon enthousiasme à l’idée de découvrir ce petit bijou national !
Voila, je vous ai présenté celle qui va être mon indéfectible soutien durant ces temps sombres qui s’annoncent. Non, je ne serai pas jaloux si vous aussi tenez à la découvrir un peu plus que via ces sommaires présentations. Je vous redirige vers mon petit guide « découvrir Vaya Con Dios en 30 minutes », épuisé en blanchisserie, mais disponible dans chez tous les bons ferrailleurs !
Ecouter Time Flies
Ecouter Brave Jane
Ecouter The Promise