28 novembre 2011

Musique divine


Parler musique, c'est comme parler sexe : Essayer de décrire ce qui ne s'explique pas. On se retrouve à détailler l'expérience, mais, enfin, on n'arrive pas bien à dire ce qui fait bander. Parce qu'on est tout seul quand on jouit. On est tout seul lorsqu'une note vrille les sens. Seul avec cette fissure qui fend en deux et, flanque la face dans les étoiles. Une aventure de l'absolu, que t'en oublies de respirer. Puis, au retour, c'est bien difficile à raconter comme voyage. Le morceaux s'est essoufflé, les corps reposent impudiques. Ça a comme disparu. La plénitude de l'être, c'est plus qu'un souvenir.
Voici une description philosophique de l'orgasme, même si je crois qu'il se lit, limpide et plus juste, dans les yeux d'une femme qui s'oublie :
« Pendant un moment notre agitation intérieure perpétuelle a été suspendue. Rarement, une action et une réaction contiennent en elles-mêmes leur justification, l'une et l'autre sont là pour amener un résultat, un sens situé au-delà d'elles. Dans les moments bénis comme celui dont je parle, on aspire plus à un au-delà – on y est déjà. » (Tzvetan Todorov, Les Aventuriers de l'absolu.)
Ainsi le sexe et la musique. Ils ouvrent une brèche temporelle. Une seconde, c'est une heure, et une heure, c'est une seconde. La notion de temps perd son sens. On caresse la promesse de la résurrection. Des élans mystiques qui repeupleraient les églises? Elle n'a pas l'air si mal cette éternité-là, non ? Mais, en fait, on est pas sûr d'en vouloir pour toujours. Non, pas pour toujours, ça fait trop long. Bref, mieux vaut goûter à l'absolu sans se compromettre. Les plaisirs de la chair, la musique qui émeut. Les joies simples du mystique dilettante.

Quelques classiques pour l'au-delà (lien vers Youtube):




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