« La vie devant soi », l’adaptation du second prix Goncourt de Romain Gary (alias Emile Ajar), est une pièce qui se laisse exister avec l’écho d’un coup de gueule. Bercés par l’ironie sans sourire jaune, on tourne le dos au cynisme, on plonge dans la violence sans avoir mal et dans les cœurs sans souffrir.
Dans cet écho sans entracte, la violence, malicieuse, se joue de nous, en essayant tous les masques : black, beurre, juif, pute, bâtard, tous y passent, pour finalement donner raison à Philippe Katerine qui avait déjà compris qu’après 3min de répétition de « Juif…Arabe », les mots s’entremêlent pour se perdre dans le non sens de la race.
Sous une lumière tamisée on nous laisse découvrir l’ombre des non dits et des dires inavouables.
Une vieille femme, ex prostituée, élevant un bâtard, présumé arabe, dans une maison sombre de Paris : à priori tous les éléments sont unis pour nous faire lâcher une larme de désespoir, et sortir de la salle avec une culpabilité qui nous ferait aller rue d’Aerschot pour faire du social.
Cependant, la violence mise en scène, est saine et exprime plus une certaine spontanéité qu’une parole mal intentionnée. Un monde où la folie s’entremêle à la vie, sans creuser le lien accusateur de ceux qui dépasseraient la fameuse névrose.
On s’abandonne petit à petit dans ce qui nous avait paru incongru, on ferme les yeux, mais en les réouvrant on se retrouve emmené dans la prochaine scène éclairée à la bougie, les acteurs nous regardant avec ce grand sourire qui rappelle le « Je te l’avais dit » maternelle, accusateur mais réconfortant.
On nous avait dit que le pari des frontières allait être gagné, c’était trop insensé, mais finalement, c’est si bon qu’on se détache petit à petit des titres de l’actualité, « Gaza….Printemps…Femmes… », et on s’échappe pour l’universel.
Quel que soit l’utérus duquel on a jailli, on trouve tous sur la scène un cordon à s’enrouler autour du cou, et on retient notre souffle jusqu’au « Rideau ».
On attend surtout la sortie en dvd, ou un samedi soir à sacrifier à France2, parce que les dates de tournée semblent closes pour l'instant.
Benmehrez Selin

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