7 novembre 2011

Toi, Belge, vote Bouli!


L'empathique Bouli Lanners nous revient avec un troisième long-métrage, "Les Géants". Choisir de critiquer ce produit 100% terroir permet d'aborder une habitude humaine (inhérente à notre condition?) mais divertissante pour quiconque la démasque et s'en détache avec humour: le chauvinisme.

Les "Académiciens 2.0." (J'insiste sur les guillemets!) de Wikipédia définissent ce comportement comme une "manifestation excessive et souvent naïve du patriotisme ou du nationalisme". Il s'agirait du "reflet d'une admiration exagérée ou trop exclusive de son pays". Le terme viendrait d'une légende militaire qui veut que Nicolas Chauvin, un soldat français de l'Empire, ait défendu son pays avec une fierté farouche malgré la perte de 3 doigts et une partie de crâne (sic!). Tiens, un Tricolore… Ceci expliquerait cela? Voilà donc les raisons de l'attitude ethnocentrique répétée de nos voisins préférés? Serait-ce sous couvert de ce "devoir de mémoire" qu'ils annoncent inlassablement une victoire française à Roland Garros chaque année? Qu'ils se voient soulever la coupe du Monde, etc. à chaque compétition internationale? Ou encore qu'ils prétendent avoir la meilleure cuisine au monde (alors qu'un seul de leurs restaurants truste une place dans le Top 10 des meilleurs restaurants, contre 3 pour l'Espagne par exemple[1]…)?

Allez, je taquine les Camemberts là mais…il faut balayer devant sa propre porte avant tout! Le virus se propage chez nous aussi. La Tintin Mania, parfait exemple. Les éditions spéciales du JT sur le sujet ont quand même presque relayé la mort de Kadhafi au rang du fait divers. Qui dit mieux? Et pour refaire un lien avec nos meilleurs ennemis, n'oublions pas la paranoïa sur le vol organisé du fleuron de notre gastronomie, les "French Fries" honteusement rebaptisées pour l'international. Preuve que personne n'est à l'abri d'un excès de patriotisme...

En fin de compte, le chauvinisme est bel et bien inoffensif, non? Tout au plus, il provoque un sentiment diffus d'agacement aisément écarté par du sarcasme ou de l'ironie. Il permet surtout de se moquer avec un certain plaisir coupable de ceux qui en abusent. Alors, soyez chauvins, ricanons et revenons-en à nos moutons…

Enfin, les trois jeunes acteurs sont tout sauf des bovidés décérébrés suivant passivement le troupeau. Délaissés par les adultes et en manque d'affection, ils décident de prendre leur destin en main à leur manière. Bouli livre tout en poésie ce rite initiatique qu'est leur passage mouvementé à l'âge adulte. Il n'y a pas photo: le trio crève l'écran et insuffle toute sa vitalité au film. Les trois gamins – Zacharie Chasseriaud, Martin Nissen et Paul Bartel – ont une bonne bouille. Je veux bien parier qu'on risque d'en entendre beaucoup parler dans l'avenir. Comme les frères Dardenne, Lanners briguerait-t-il le poste de découvreur de jeunes talents? Un indice: ses "Géants" viennent de recevoir le prix d'interprétation au festival de Namur.

Autre point fort du film: les décors et la bande-son. Le réalisateur prouve à nouveau son génie quand il s'agit de nous en mettre plein les yeux et les oreilles. Il filme les paysages ardennais comme personne. La magie opère: nous voilà transportés dans des forêts, une cabane et au dessus d'une rivière rappelant la nature sauvage et grandiose de l'Amérique du Nord. Comme si soudain, les aventures de Tom Sawyer et Huckleberry Finn se déroulaient dans la région d'Arlon et que le Mississipi était en fait un fleuve wallon. Un tel tour de passe-passe ne serait possible sans une BO digne de ce nom. Le folk-rock-country de Bram Vanparys (The Bony King of Nowhere) "fout les poils" et colle parfaitement à la mélancolie et l'errance des trois bonhommes.

L'œuvre a ses défauts: le scénario est parfois trop décousu. Le cinéaste ne nous entraine pas toujours jusqu'au bout de sa fantaisie. La tranche de vie est répétitive et n'a pas de réelle fin, ce qui peut frustrer le spectateur. La mosaïque de personnages est inégale: certains auraient mérité d'être un peu plus développés (le clan des "cultivateurs", hilarant) et d'autres sont peut-être superflus (la mère de substitution).

Quoi qu'il en soit, c'est comme ça qu'on aime le cinéma belge: avec la tête dans les nuages, un cœur gros comme ça, ses faiblesses et son naturel désarmant (de préférence, une bonne bière à la main).

Moi, chauvin?

Kevin Plasman

P.S.: http://www.youtube.com/watch?v=hikt6XulRu4. J'avoue, c'est facile et kitsch mais big up au bon vieux temps. Forever young? Un brainstorming qui donne accès à une petite pépite musicale mais surtout visuelle: http://www.youtube.com/watch?v=t1TcDHrkQYg. Merci qui?



[1] http://www.theworlds50best.com/awards/1-50-winners

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