« -Je pensais que grandir, c'est comme gravir une colline. Un jour, on atteint le sommet, et puis, après tout va mieux. Tu vois ce que je veux dire ? Mais plus tard, ça fait BOUM dans ma tête. Je me suis assis. J'ai réalisé qu'on atteignait jamais le sommet. Quand tu réalises qu'il n'y pas de mois prochains où ça irait mieux, d'années prochaines, de vies prochaines... Alors il faut regarder autour de soi et se dire : « C'est ça la vie ! »-J'ai jamais rien entendu d'aussi con depuis les Beatles. »
Délicieux bout de dialogue à la métaphysique toute rock 'n roll. Nous le devons au film Robert Mitchum est mort, pas loin de valoir son pesant de cacahuètes. En somme, l'odyssée erratique, d'un minable agent, Arsène, au bord de la névrose, et de son improbable acteur, Franky, si niais qu'il en devient charmant. (Quelles ébouriffantes dégaines!) Ils veulent « faire un film américain ». Direction le cercle polaire, pour se présenter à un cinéaste mythique, mais à la retraite. Les rencontres qui jalonneront leur parcours seront très peu piquées des hannetons : Du haut en couleur ! Principalement Douglas, un noir dont la vie est un voyage qui ressemble à un songe. (C'est, d'ailleurs, lui qui résume si bien nos existences selon la métaphore de la colline).
Robert Mitchum est mort, odyssée, road-movie, voyage, trajectoire humaine, la vie quoi ! Parce que finalement la vie ne se résume-t-elle pas en voyages ? Ceux dans lesquels s'embarquent nos existences qui se cherchent un sens : Une flèche qui veut percer le ciel et retombera forcément, dans l'espoir encore de se ficher dans une cible, si possible. Archée insensée, « quand nous nous réveillerons d'entre les morts. » (Expression piquée à Douglas encore!)
Avant que ne s'abatte cette fatale conclusion, Arsène, s'en va jouer, bien légitimement, un ultime poker contre le destin. Sa main est naze, il doit y aller au bluff. Puis on perd toujours au jeu de la vie... Mais qu'importe ! Ce qui compte n'est-il pas de ne s'être pas couché trop tôt, de ne s'être pas dégonflé en chemin. De partir en voyage, un peu. Avant la fin du film. Avant la fin de la vie...
Et j’achève avec les phrases introductives au Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinant Céline. Tout au moins citation si puissante qu'elle fait l'écho magnifique de Robert Mitchum est mort, et de nos vies entières peut-être : « Voyager c'est bien utile. Ça fait travailler l'imagination. Tout le reste n'est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force. »

Ce film m'a l'air intelligemment subversif, à l'image de ce blog.
RépondreSupprimerIntéressant de rebondir sur "Le Voyage" de Céline. Je n'ai rien lu d'aussi fascinant et déprimant depuis que je me mets à lire.