
En bon connaisseur, Dominique de Villepin fustige l’esprit de cour qui règne autour de Nicolas Sarkozy.
Impossible, si vous êtes un tant soi peu téléphile, de ne pas avoir vu, ces derniers jours, un bellâtre, la cinquantaine bien trempée, arpenter les plateaux des émissions françaises bien-pensantes. Impossible non plus de ne pas avoir été séduit par son charisme républicain et sa réthorique sans faille. Avec sa chevelure blanche et sa stature impériale, Dominique de Villepin, ancien Premier ministre sous Chirac, s’est donné une mission : dénoncer l’esprit de cour qui règne autour du prince Sarkozy. Dans cette quête de destruction sarkoziste, il a eu la bonne idée d’écrire un pamphlet (pardon : un « essai historique » selon son éditeur) intitulé « De l’esprit de cour ». L’homme a une belle plume et l’emploie à retracer l’histoire de la cour depuis sa fondation jusqu’à nos jours. Fort intéressant, vous en conviendrez, de la part d’un homme qui a vécu cela de l’intérieur… Vous vous dites : celui-là, la Cour, il doit la connaître puisqu’il fut le cabotin de Chirac pendant près de dix ans jusqu’à parvenir à coup de lèche-bottismes à devenir Premier ministre sans même avoir été élu. Enfin quelqu’un qui parle de ce qu’il a vécu, pardi ! Eh bien pas du tout ! Vous n’y êtes pas du tout ! Ce que dit de Villepin dans son livre c’est que tous les ministres de l’ère Sarkozy sont des minables petits courtisans contrairement à lui qui fut un vaillant chevalier osant braver le Roi Chirac quand il le fallait. En somme, il était l’homme qui élevait la voix quand tout le monde se taisait. Un illustre descendant de De Gaulle ! Un « vrai » qui fait passer l’intérêt de la République et des Français avant les siens ! Alors que cette petite frappe de Sarkozy (il n’a même pas fait l’ENA !) s’entoure de serviles lieutenants qui obéissent au garde à vous et qui n’osent même pas lui dire ses quatre vérités ! Certes, on ne peut pas nier que Sarkozy se complaise dans le rôle du Prince qui se fait cirer les pompes par tous ses valets. Mais ce procès émanant de celui qui fut l’esclave de Chirac pendant deux quinquennats ne peut que susciter éclats de rire. On n’est jamais si bon juge que lorsqu’on se sent jugé, pourrait-on dire… Et pourtant, à le voir, si sûr de son fait, et à l’entendre discourir avec sa voix de stentor sur la cour de Sarkozy on n’en oublierait presque le passé de celui que d’aucun surnomme « le Tartarin de l’Elysée ». Protégé de Chirac qui l’a nommé secrétaire général de l’Elysée puis Premier ministre, Villepin a fait des pieds et des mains (et évacué tout ses opposants) pour être le chouchou du grand Jacques, ce qu’il deviendra. Et maintenant qu’il se trouve dans l’ombre (chose qu’il ne peut supporter) il prend pour cible le petit Nicolas en le fustigeant de toute part et en condamnant tous ceux qui l’entourent. Mais ne nous y méprenons pas : son rêve c’est bien sûr de lui couper la tête et de lui ravir le trône. Car Villepin connaît mieux que quiconque la ritournelle : « pour devenir le maître, il faut agir en esclave. » Renaud Homez |
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